jeudi 25 août 2011

Broderie: la création en danger

Je relaie ici un billet de Tralala, qui est un cri d'alarme:
La photocopie et maintenant le téléchargement illégal  font des ravages parmi les créatrices.

C'est Cinthia Zittel (la créatrice américaine The Drawn Thread) qui a jeté un pavé dans la mare la première. Relayée ensuite par  Corinne Rigaudeau (Tralala) puis par d'autres ici,(MalinMaline) ici (Marie Suarez)  et (Petites bricoles et petits points)


Bon inutile de se cacher derrière son petit doigt, ce genre de forum existe depuis longtemps.
Les forums chinois qui piratent allègement sont connus,(hélas) et sont florissants. (trois fois hélas)

A mon avis (mais ce n'est que mon avis et il n'engage que moi) ces sites, en soi , ne portent pas atteinte de façon si importante que ça;
on sait très bien que celles qui téléchargent de façon compulsive ne brodent jamais, ou presque; elles se constituent des collections bien rangées dans des classeurs.

Mais soyons clairs, il s'agit de VOL.
Ben oui, le code de la propriété intellectuelle interdit ce genre de procédé (allez faire un petit tour chez Marie Suarez, elle vous détaille ça en grand)


Je voulais plutôt raconter ce qui se passe avant que la grille n'entre sur le circuit commercial, en un mot  la création.

Voici une créatrice (il va de soi que je ne prends pas une personne en particulier, il s'agit d'un mélange des façons de faire de plusieurs de celles que j'ai pu rencontrer)
Elle ne se sépare jamais de son cahier où elle jette des idées; chez elle , elle crayonne furieusement, elle refait elle stocke des idées... tout cela mouline dans sa tête non-stop ; imaginez vous, par exemple, au moment de passer à la douche, ha ça y est je la tiens mon idée! et hop on lâche tout pour dessiner vite.(véridique!)

En vacances, la créatrice s'embarque en général avec le cahier et les crayons de couleur, et les feutres, et la peinture, et les pastels...et un ouvrage en cours, et peut-être un peu de couture ou de tricot pour se délasser,  et éventuellement le mari et les enfants s'il reste de la place dans la voiture....(les maris ont quelquefois bien de la patience, je vous le dis!)

Revenant de vacances, ma créatrice pleine de nouvelles idées, se remet à sa table de travail, vite vite, il faut de nouveautés pour les salons qui arrivent.
Elle dessine, met en couleur,  (ça prend du temps)... Certaines ne passent pas par cette étape, et sautent directement à l'étape logiciel.
Ah le logiciel! Béni des créatrices, qui avant cela, devaient travailler sur papier quadrillé avec les crayons de couleur; pour une petite grille de 40 points de côté c'est déjà longuet, mais quand on se lance dans des monuments, c'est un travail de bagnard, surtout que... pas droit à l'erreur! (vous avez déjà essayé de gommer de la couleur sur un carré de 1 milimètre de côté SANS déborder? Youpi!)

Donc étape logiciel, qui permet de "créer" la grille; mais il ne suffit pas de scanner et hop ça crache le diagramme! Ah non non non!
Si vous faites cela , vous allez vous retrouver avec une grille immmmmmmmmmmmense, souvent coloriée en trente six mille couleurs: deux points de rose saumon, un point de rose un peu plus soutenu, un point jaune perdu là au milieu, puis un gros paquet de vert-qui ressemble-à-rien (c'était ma colline, ça?)
Bref, le travail de création, là, consiste à reprendre les formes et les couleurs, donner vie aux à-plats, refaire des contours nets, réajuster les courbes de façon harmonieuse ( petite remarque ébouriffante: le point de croix est ... carré! Incroyable, hein!)
C'est long, même avec de l'habitude....

Ensuite, étape coloriage.
Allons, me direz-vous, le logiciel fait ça en même temps.....
Oui, certes.
Mais entre la couleur telle qu'elle s'affiche sur l'ordi, et celle de l'échevette, et celle que vous souhaitez employer, il y a tout un monde d'écart!
Ah.
Et si ma créatrice décide d'employer une toile de couleur, c'est encore plus compliqué. Et si ma créatrice est un brin maniaque, ou a des idées très arrêtées sur ce qu'elle veut et ne veut pas, ça devient encore plus difficile!
Donc, yapas, il faut s'y coller "de visu".

Sortir la toile (petite remarque au passage: croyez vous que la toile soit gratuite pour ma créatrice? Eh non, elle l'achète, comme tout le monde!)  et les fils à broder (même remarque!) et se mettre à la bonne lumière -très important!- c'est une  partie bien agréable du travail...
Mais là aussi, c'est long; DMC propose  470 coloris environ, et la tentation est grande d'employer plein de jolies échevettes colorées....
Mais la créatrice, qui se met à la place de la brodeuse, sait bien que qu'au dessus de 10 couleurs, ça devient
-compliqué
-coûteux

Aussi convient-il de s’en tenir à une (petite) gamme. Ce qui ne l'empêche pas de faire quelquefois des accords audacieux (violet et marron? ben si ça le fait, la preuve ce kit dont les couleurs m'ont fait frémir quand je l'ai déballé! Mais ayant confiance en la créatrice , j'ai tout brodé comme indiqué, et c'est réussi!) (c'est histoire d'aérer un peu ma prose, l’illustration!)
Et si la créatrice aime et utilise certains fils nuancés d'une autre marque, c'est une correspondance avec les DMC qu'il lui faudra proposer quasi systématiquement, pour ne pas pénaliser les brodeuses qui se limitent aux "bons vieux deumeuceu"
Tout ça, figurez vous, prend du temps.....et encore du temps.




Ensuite?  On sort l'aiguille, et... chauffe  Marcel!
Eh oui, les créatrices tiennent à broder leur prototype; elles savent que leurs grilles, même avec l'attention qu'elles y portent, même avec le soin qu'elles mettent à la créer, nécessite de petits ajustements qu'on ne décèle que lorsqu'on brode.
Ce qui veut forcément dire modification en cours de route, avec retour au logiciel etc etc....
Inutile de vous faire remarquer que les créatrices sont en général assez perfectionnistes!

Ca y est l'original est brodé, officiellement terminé, ouf!
Vous pensez que la créatrice va pouvoir se reposer sur ses lauriers, en admirant le travail, et bien pas du tout!
Maintenant il s'agit d'organiser rapidement la partie logistique:
-on fait une bonne  photo du modèle
-on imprime
- on fait la mise en fiche....
C'est souvent qu'un reprographe se charge de l'impression des fiches, ne reste à ma créatrice que faire l'emballage.. (et payer, hein, il ne travaille pas pour la gloire lui non plus!)
Si elle vend des  kits, c'est encore elle qui les assemble (souvent la maisonnée est réquisitionnée aussi, et les amis qui débarquent à l'improviste pile à ce moment sont gentiment mis à contribution!) 

Et devinez qui se charge de l'envoi aux mercière qui ont commandé des fiches et des kits, hein? Eh oui, toujours la même créatrice qui voudrait bien quelquefois avoir des bras et des jambes supplémentaires pour arriver à tout faire à la fois!


Alors, voir tant de journées d'effort et de travail, sabotées par le piratage, voir ses nouveautés mises ILLEGALEMENT  en ligne même pas deux jours après les avoir sorties, c'est  rageant,  décourageant, démotivant, ça met très en colère,  et ça donne envie de jeter l'éponge......

















2 commentaires:

  1. Entièrement d'accord avec toi.
    Je sais pour l'avoir tenté que la mise 'aux normes' d'un dessin pour le point de croix est un chemin... de croix !
    La création c'est encore pire !
    Pour ma part, aucun risque puisque je grise mes avancées, rendant la grille inexploitable après !!
    Si tu veux voir les dernières créations....
    Mais je respecte autant la musique que les grilles et j'invite aussi les brodeuses à le faire ! Toute peine mérite salaire !

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  2. @Rainette: oui c'est vrai!Un des problèmes sous-jacent est celui des la place accordée aux loisirs, et du prix qu'on accepte d'y mettre ou pas...
    Ceci dit , je pense néanmoins que la plupart des brodeuses sont honnêtes (ou alors je suis très naïve!)

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